ENVOYÉS SPÉCIAUX
Radio-Canada

Le mouvement de contestation en Haïti contre le gouvernement montre des signes d’essoufflement : les manifestations annoncées dimanche pour réclamer le départ du président Jovenel Moïse n’ont finalement pas eu lieu à Port-au-Prince.

Des groupes d’opposition ont lancé samedi plusieurs appels à manifester dans la capitale dimanche et lundi. Les manifestants devaient notamment se rassembler devant les résidences du président Jovenel Moïse et de l’ex-président Michel Martelly.

L’envoyé spécial de Radio-Canada Philippe Leblanc a remarqué dimanche une présence policière beaucoup plus imposante dans la capitale, Port-au-Prince.

Il a noté que des policiers se sont postés près du trajet où devait avoir lieu la manifestation et se préparaient à freiner la marche.

De plus, il a rapporté que les festivités précarnavalesques, qui d’habitude ont lieu, ont été annulées. Le carnaval de Port-au-Prince doit en principe se tenir du 3 au 5 mars 2019.

En soirée, on apprenait que le gouvernement Jovenel a invité le peuple haïtien à retourner au travail normalement demain. Les policiers ont comme instruction d’aider à ce retour à la normale.

« Les écoles, les universités, les entreprises commerciales et industrielles ainsi que l’administration publique fonctionneront aux heures régulières », a affirmé Jean-Michel Lapin, ministre de la Culture et de la Communication dans un communiqué transmis aux médias.

L’envoyé spécial de Radio-Canada en Haïti a souligné que c’est « l’avenir de la présidence de Jovenel Moïse, du moins à court terme, qui va se jouer demain ».

« Des manifestations sont prévues demain [lundi]. Donc, si la population décide de manifester, ce sera un autre rejet clair, un autre signal fort qu’on demande à nouveau la démission du président », a déclaré Philippe Leblanc au Téléjournal sur RDI.

Un manque de tout


D’autres Haïtiens attendent pour pouvoir obtenir de l’essence à une station-service. Photo : Radio-Canada / Christine Tremblay

Il s’agit d’une deuxième journée de calme relatif dans la capitale, puisqu’hier aucune manifestation officielle n’était prévue.

Dans les rues de Port-au-Prince, certains commerces, comme des banques et des stations d’essence, ont profité de cette accalmie pour rouvrir leurs portes; de longues files d’attente se sont ensuite formées.

Le soulèvement populaire des derniers jours a des conséquences dramatiques dans tous les aspects de la vie quotidienne des citoyens. Les Haïtiens manquent de tout actuellement, que ce soit d’eau, de nourriture ou d’essence. L’accès aux soins de santé est également compliqué par la situation de crise.

Notre envoyé spécial s’est rendu dans un hôpital situé près du palais présidentiel à Port-au-Prince. Il a constaté par exemple que la salle d’urgence était à moitié vide alors que d’habitude elle est bondée.

La cause : l’accès à l’établissement de santé est compliqué en raison des barricades, manifestations et affrontements entre protestataires et policiers.

Au moins sept personnes ont été tuées en Haïti depuis le début du mouvement, le 7 février, pour protester contre l’absence d’amélioration des conditions de vie dont est tenu responsable le président Jovenel Moïse.

Des mesures économiques


Le premier ministre haïtien Jean-Henry Céant est à couteaux tirés avec le président du pays Jovenel Moïse. Photo : Associated Press / Dieu Nalio Chery

Le premier ministre Jean-Henry Céant s’est adressé à la nation hier soir, d’une allocution diffusée à la télévision d’État, où il a annoncé une série de mesures économiques d’urgence pour tenter de sortir le pays de la crise.

Jean-Henry Céant a promis de réduire le prix de la marmite de riz, tout en promettant une baisse de 30 % de budget de son bureau. Il a suggéré à la présidence et au Parlement de faire de même.

De plus, il a assuré qu’il mènerait des discussions pour faire augmenter le salaire minimum et que l’accent serait mis sur la lutte contre la corruption et la contrebande frontalière.

Il a également dit vouloir retirer tous les privilèges « non nécessaires » aux hauts fonctionnaires de l’État comme les frais d’essence, les téléphones et « les voyages inutiles à l’étranger ».

Avec les informations de Philippe Leblanc, envoyé spécial en Haïti