Par Frantz Duval

Ce mercredi, le sénateur de Floride Marco Rubio sera en Haïti.

Le président Jovenel Moïse, lui, se rendra en Floride pour rencontrer le président Donald Trump à Mar-a-Largo, le vendredi 22 mars 2019.

La rencontre réunira des chefs d’État et de gouvernement des Bahamas, de la République dominicaine, de la Jamaïque, de Sainte-Lucie autour du président américain.

Au menu des discussions, il sera question de l’amitié entre ces pays et de la situation au Venezuela. La question de la présence agressive de la Chine dans la région sera aussi à l’ordre du jour. Les chefs d’État et de gouvernement en profiteront pour aborder la question énergétique avec les autorités américaines, a annoncé mardi après-midi le bureau de presse de la Maison-Blanche.

Haïti a besoin de fonds frais, de nouveaux amis, de produits pétroliers, de projets d’avenir. Pour Jovenel Moïse, cette rencontre tombe à pic. Haïti a changé de camp dans la crise au Venezuela. Donald Trump fait une place à table à son allié.

C’est dans cette perspective qu’il faut placer l’autre axe Haïti-Taïwan-Qatar qui viendra compléter celui qui passe par Venezuela-USA-Haïti. Il y a des amis qu’on laisse tomber et des nouveaux qu’on embrasse sans retenue aucune.

Si tout se passe bien, le pays devrait bénéficier de nouvelles perspectives de financement. Sortir la tête de l’eau. Dans une économie où le premier projet financé dans le budget est le paiement de la dette et le premier bailleur de fonds des derniers mois le déficit budgétaire, ce sont de bonnes nouvelles.

Cependant, pour bénéficier des avantages qui s’annoncent, la présidence haïtienne devra faire la paix et se réinventer.

Jovenel Moïse, sa majorité au Parlement et leurs alliés devront vite se trouver un Premier ministre potable, des ministres à la hauteur, des directeurs généraux compétents et surtout un logiciel neuf pour sortir de la spirale des mille crises.

Ces dernières années, ce ne sont pas les fonds qui ont fait défaut à Haïti. De la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), en passant par PetroCaribe et les milliards du budget national, entre 2008 et 2016, on avait les moyens financiers pour changer beaucoup de choses. Le problème est que nous avons tout mis dans des paniers percés et les fonds ont coulé vers des poches abyssales. Les catstrophes naturelles, mais surtout les catastrophes humaines ont tout englouti.

Ce ne sont pas les appuis politiques non plus que nos gouvernements n’avaient pas. Bill et Hillary Clinton et le président Barack Obana n’ont pas été des obstacles aux ambitions haïtiennes. Donald Trump, après nous avoir indexé des pires qualificatifs, prend Haïti comme alliée aujourd’hui grâce au revirement de Jovenel Moïse sur le Venezuela. Comment convertir cette occasion en réalisations?  Telle est la question qui dépasse la fierté de faire une photo à Mar-a-Largo ou de servir de convive servile.

Haïti se retrouve au centre de considérations géopolitiques qui dépassent nos dirigeants. Saurons-nous où nous sommes, qui nous sommes et que chercherons-nous en pareils lieux?