Par Samuel Celiné

Au terme d’une séance de contrôle le mardi 12 mars 2019 sur l’arrestation et la libération des sept étrangers lourdement armés sur le territoire haïtien, les sénateurs ont décidé d’interpeller le Premier ministre Jean-Henry Céant, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Jean Roudy Aly, et le ministre de l’Intérieur, Jean- Marie Reynaldo Brunet, à une date qui n’est pas encore fixée.

Il a fallu plusieurs heures de discussion aux 18 sénateurs présents dans la salle pour décider si oui ou non la séance du jour devait se tenir à huis clos ou publiquement.

Cette idée d’une séance loin des caméras de la presse vient du Premier ministre Jean-Henry Céant qui est à la tête d’un CSPN édenté, vu l’absence du directeur général de la Police nationale, Michel-Ange Gédéon, et du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Paul Eronce Villard, et à la recherche de confort pour mieux cracher le morceau aux sénateurs sur l’affaire des étrangers en possession de fusils d’assaut sur le territoire haïtien. Cinq sénateurs, Joseph Lambert, Jean Rigaud Bélizaire, Jean-Marie Ralph Féthière, Pierre François Sildor et Denis Cadeau, ont jugé bon de se ranger du côté du Premier ministre dans sa demande. Pour ce faire, une demande de huis clos est envoyée au président Carl Murat Cantave.

Les sénateurs Jean Renel Sénatus, Youri Latortue, Ronald Larèche et les quatre sénateurs de l’opposition prennent le contre-pied de cette démarche, arguant qu’il n’y aura pas de « kase fèy kouvri sa » aujourd’hui. Les discussions s’enchaînent jusqu’à ce que le sénateur Youri Latortue prenne les devants pour cracher : « Nous savons tous déjà que les armes ont été fournies aux hommes par M. Leconte ! » La salle s’agite, et Joseph Lambert va jusqu’à se questionner : « Comment se fait-il que Youri Latortue ait toutes ces informations qui sont censées être gardées par la DCPJ ? ». Corroborant les propos de son collègue de l’Artibonite, le sénateur Ronald Larèche soutient qu’il y a trop de versions différentes qui circulent sur les faits et qu’il ne doit pas y avoir de séance en catimini.

Ces sénateurs, jusqu’à Antonio Cheramy qui souligne n’avoir jamais vu une « séance à huis clos en faveur de la population », ont beau lutter, mais le président du Sénat décide autrement en se basant sur les articles 84 et 85 du règlement intérieur du Sénat.

Ce huis clos a duré environ 1h28mn quand la sortie des sénateurs Pierre François Sildor, Richard Lenine Hervé Fourcand et Jean-Marie Ralph Féthière est venue comme un ouf de soulagement pour les employés qui ont finalement quitté la salle de séance.

Du haut de sa tribune, le président du Sénat donne lecture de ce qu’il appelle « un acte d’interpellation ». Signé par neuf sénateurs, dont Youri Latortue, Jean-Marie Salomon, Jacques Sauveur Jean, Nènel Cassy, Ricard Pierre, Antonio Cheramy, Évalière Beauplan, Larêche Ronald et Jean Renel Sénatus, cet acte demande l’interpellation du Premier ministre Jean-Henry Céant, du ministre de la Justice Jean Roudy Aly et du ministre de l’Intérieur Jean-Marie Reynaldo Brunet.

Aucune date n’est encore fixée pour cette interpellation, mais le président du Sénat, Carl Murat Cantave, promet d’écrire sous peu au Premier ministre pour l’informer de cette décision. Cependant, il ne compte pas aller trop vite en besogne, puisque le Premier ministre n’a pas encore six mois à la tête de la Primature, ce qui le protège contre toute velléité d’interpellation.

Face à cette démarche, certains parlementaires, comme le sénateur Joseph Lambert, jugent bon de questionner les dessous de l’affaire et la principale interrogation est : « Pourquoi les sénateurs n’ont pas interpellé le gouvernement en entier en ciblant directement le Premier ministre mais ont décidé d’interpeller le Premier ministre et deux de ses ministres seulement ? » Selon Lambert, la politique qui veut qu’on ne coupe pas la branche sur laquelle on est assis est peut-être un motif.