Entretien avec Jean-Marie VORBE, PDG du Groupe Jean Vorbe.

Jean-Marie VORBE, PDG du Groupe Jean Vorbe

GJV Info. Monsieur Vorbe, hier, 30 avril, les prix du pétrole sont repartis à la hausse. Le baril de Brut US a augmenté de 1,9% pour atteindre 64,72$ en hausse de 1,22$. Sur le marché de Londres, les prix du Brent ont gagné 1,6% pour s’établir à 72,72$, en hausse de 1,18$.

Si cette tendance du marché se maintient, notre pays et tous les autres pays pauvres de la terre vont devoir se serrer la ceinture, pour acheter du pétrole dans les prochains jours, n’est-ce-pas?

Le PDG : Cette montée des prix doit d’abord être placée dans le contexte de durcissement des sanc- tions américaines contre l’Iran. Le 22 avril dernier, le président Trump a décidé de réduire de zéro la produc- tion de pétrole en Iran en mettant fin aux exemptions américaines qui permettaient à la Chine, l’Inde et la Turquie d’importer du pétrole iranien.

Washington veut priver le régime iranien des revenus de sa principale source de survie. Il en a fait de même d’ailleurs avec le Venezuela. Si l’Arabie Saoudite accepte d’augmenter l’approvisionnement en pétrole pour remplacer la production iranienne, les prix baisseront. Toutefois, d’après ce que j’ai compris, l’Arabie Saoudite n’entend pas aller dans cette direction, pour des raisons évidentes. Elle est l’inspiratrice d’un accord sur la production de pétrole signé en décembre 2018. A ce moment-là, les prix dubaril étaient en chute libre. La moyenne des cours était établie à 56$. Les pays producteurs étaient inquiets. Si rien n’est fait se sont-ils probablement dit, les prix allaient continuer leur plongée et atteindre peut-être le niveau de 2014, quand la surproduction mondiale avait fait passer le baril de 115 à 35$.

Stimulés par l’Arabie Saoudite, les pays de l’OPEP et la Russie se sont mis d’accord sur un plafond. Immédiatement les prix du baril de Brent ont augmenté. Il est clair que l’Arabie Saoudite ne va pas agir selon les vœux de Washington. Pas pour le moment en tout cas. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, elle ne remet pas en question l’accord sur la production de pétrole.

En fait, quand les prix du  baril  augmentent, les États-Unis aussi sortent gagnants. Il ne faut pas oublier que les États-Unis sont un pays producteur de pétrole. La logique haussière des prix va dans le sens de leurs intérêts car le pétrole de schiste coûte plus cher à extraire que celui des pays de l’OPEP ou de l’Iran. Aussi, quand le baril se vend cher, les produc- teurs de pétrole américains n’hésitent pas à entrer dans la compétition pour gagner des parts de marché très importants.

Pour répondre à l’aspect de la question relative aux pays pauvres, je peux dire, en analysant la situa- tion en cette fin d’avril, que tout laisse croire qu’ils vont continuer à payer plus cher le baril de pétrole américain ou le baril de Brent. Seront-ils en mesure de payer la facture ? C’est à eux de le savoir.

GJV Info.- Connaissant les difficultés financières auxquelles fait face Haïti et sachant que l’accès au pétrole vénézuélien est désormais chose du passé, comment ce pays pourrait-il faire face à cette nouvelle crise qui l’attend?

Le PDG.- Depuis plus de trente ans, j’ai toujours pris position contre la subvention des produits pétroliers. C’était pour moi une décision qui conduirait le pays tout droit dans un mur. Mon désaccord venait du fait qu’Haïti,‘’pays le plus pauvre de l’hémisphère’’ comme les experts des Nations Unies aiment à l’écrire dans leurs rapports, dépend totalement du marché international pour son approvisionnement en pétrole. Quand les prix augmentent il lui faut trouver plus de dollars pour acheter les 20 000 barils nécessaires au fonctionnement quotidien des individus, ménages, entreprises et autres. Cependant, nos exportations autrefois acceptables sont aujourd’hui réduites en peau de chagrin. Où la Banque Centrale va-t-elle trouver les dollars pour payer les fournisseurs de produits pétroliers ? L’EDH aurait pu y contribuer mais on connaît l’état des lieux. L’entreprise publique commerciale est elle aussi subventionnée par l’Etat. Autrement elle serait contrainte de fermer ses portes. A la décharge de l’EDH, il faut dire que depuis 1996, le prix de vente du kWh est resté inchangé. L’État le veut ainsi. Donc pas de profit. Mais des pertes énormes.

Vraiment, Haïti n’aurait jamais dû prendre la décision de subventionner le pétrole. Car cela a permis quoi, au fait ? Que X ou à Y puisse utiliser ses engins lourds, ses véhi cules de toutes gammes, ses génératrices, ses motos et autres, aux frais de la princesse, ou presque ! Le temps a passé. Et cette mesure a traversé tous les gouvernements, de gauche comme de droite. Aujourd’hui, les conséquences sont désastreuses pour le pays.

GJV Info.- Pour certains, cependant, sans cette mesure, le pays aurait pu sauter comme un baril de poudre, au cours de ces dernières années… surtout quand le baril de pétrole s’établissait à 100$…

Le PDG.- Ah! Le pays aurait sauté ? Mais, que je sache, la subvention des produits pétro- liers n’a pas réduit le nombre d’insatisfaits dans ce pays. Elle n’a pas non plus permis de créer plus d’emplois encore moins d’ augmenter notre PNB.

Dans un rapport de la Banque Mondiale, sorti en janvier 2018, intitulé : ‘’Les villes haïtiennes : des actions pour aujourd’hui avec un regard sur demain’’ les multiples impacts de cette erreur de l’État haïtien sur les secteurs économiques et sociaux ont été évalués. Cette institution affirme, pour l’exercice 2017-2018, en ce qui a trait au diesel et au gaz, qu’une subvention de 14,5 milliards de gourdes a été versée à 20% de la population alors que le même niveau de subvention, soit 14 milliards de gourdes a été fait pour la plus grande majorité de la population, soit 80%. Cela doit faire réfléchir nos dirigeants. Il est clair que cette mesure n’était pas à l’avantage des plus défavorisés qui ne sont pas propriétaires d’équipements ou d’appareils consommant ces carburants.

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