Par Samuel Celiné

Au cours d’une conférence de presse le mardi 19 mars 2019, le président du Sénat de la République, Carl Murat Cantave, était clair : « La séance est maintenue pour demain ». Il a voulu parler de la très controversée séance d’interpellation du Premier ministre Jean-Henry Céant, déjà renvoyé par l’assemblée des députés qui a devancé le Sénat lundi lors d’une course contre la montre entre les deux branches du législatif.

En parlant de la sorte, le président du Sénat a tenté de nier la lettre du président de la République Jovenel Moïse l’avisant  « avoir été informé, par correspondance officielle de la Chambre des députés, référencée PCD/GB/1819-03-198, que le Premier ministre Jean-Henry Céant a été renvoyé suite à une motion de censure votée par l’assemblée des députés… ». Cette lettre qui souligne que, « conformément a l’article 137 de la Constitution, des consultations seront entreprises en vue de désigner incessamment un nouveau chef de gouvernement » a été reçue à 10 heures 22 le mardi 19 mars 2019.

Devant l’obsession du président du Sénat à tenir séance contre vents et marées, un groupe de 11 sénateurs proches du pouvoir adresse eux aussi une lettre au président du grand Corps. Après maints « considérants », les sénateurs Joseph Lambert, Jean Rigaud Belizaire, Pierre Francois Sildor, Jean Marie Ralph Fethière, Nawoon Marcélus, Wanique Pierre, Richard Lenine Hervé Fourcand, Denis Cadeau, Francenet Denius, Gracia Delva et Sorel Jacinthe rappellent au président Cantave qu’après le vote de censure à lui octroyé par l’assemblée des députés, « l’ancien Premier ministre n’a plus son entrée au Parlement ». Tournant la page de l’interpellation, ces sénateurs invitent « l’honorable Carl Murat Cantave à se rendre disponible pour les consultations nécessaires au remplacement du Premier ministre ».

Plus tard, dans l’après-midi du mardi, une troisième lettre est venue allonger la liste des imprévus pour pousser Carl Murat Cantave à changer et de cap et d’altitude dans sa velléité de plaire aux sénateurs interpellateurs. Un nouveau groupe de cinq sénateurs écrit au sénateur Carl Murat Cantave pour solliciter une « conférence spéciale des présidents » en vue de sortir le Sénat du bourbier sans aucune casse. Selon les sénateurs Dieudonne Luma Étienne, Jacques Sauveur Jean, Wilfrid Gélin, Kedlaire Augustin et Willot Joseph, une telle décision peut aider à «  trouver une solution à cette crise qui risque d’hypothèquer l’avenir de la démocratie en Haïti » et surtout « d’éviter à ternir d’avantage l’image de l’institution parlementaire ».

Ces deux dernières lettres prouvent déjà qu’une majorité de 29 sénateurs ne partage pas l’idée du président Carl Murat Cantave de tenir tête à la réalité. De ce fait, loin de se jeter dans le vide, le président du Sénat rétracte. Selon une source parlementaire, les sénateurs ont rendez-vous ce mercredi, à partir de 12 h 30, pour décider de la meilleure formule pour sortir de ce pétrin de l’interpellation.