Par Robenson Geffrard

Jamais le Sénat et la Chambre des députés n’ont manifesté un tel enthousiasme pour interpeller un Premier ministre. Alors que le Sénat avait préalablement fixé au 20 mars sa séance d’interpellation de Jean-Henry Céant, les pères conscrits se ravisent et fixent maintenant la séance d’interpellation pour le lundi 18 mars 2019, entre 0h00 am et 9h00 am, ou par impossible, le mardi 19 mars, ou le mercredi 20 mars, ou le jeudi 21 mars entre Oh00 am et 6h00 pm. Ainsi, le Sénat entend enlever toute possibilité à la Chambre des députés d’interpeller avant lui le Premier ministre.

« Monsieur le Premier Ministre,

Suite à la correspondance référencée SRH.PS-04C/50-0112 datée du 13 mars 2019 relative à l’interpellation des Ministres du CSPN, en l’occurrence, Monsieur Jean Henry Céant, Premier Ministre et Président du CSPN, Monsieur Jean Roudy Aly, Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique et Monsieur Jean Marie Reynaldo BRUNET, Ministre de l’Intérieur et des Collectnatés Territoriales, et conformément aux prérogatives que confèrent les articles 129-2, 129-3 et 129-4 de la Constitution de 1987 amendée, le Bureau du Sénat de la République a l’honneur de vous informer que, sur requête spéciale des Sénateurs Interpellateurs, il se ravise sur la date initiale d’interpellation du 20 mars 2019 pour vous demander de vous présenter, toutes affaires cessantes, pour les mêmes motifs d’interpellation antérieurement définis lors de la séance du 12 mars 2019 », lit-on dans la correspondance du président du Sénat au Premier ministre.

La correspondance datée du 15 mars 2019 précise que « Cette séance d’interpellation est prévue pour le lundi 18 mars 2019, entre 0h00 am et 9h00 am, ou par impossible, le mardi 19 mars, ou le mercredi 20 mars, ou le jeudi 21 mars entre Oh00 am et 6h00 pm. »

« L’Assemblée des Sénateurs vous attend ainsi que les Ministres concernés. Qu’il vous plaise de bien vouloir les en aviser. Convaincu de votre détermination à vous soumettre aux prescrits constitutionnels, le Bureau du Sénat saisit l’occasion pour vous renouveler, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de sa haute considération », conclu la correspondance.

Toujours le même 15 mars 2019, la Chambre des députés a envoyé une correspondance au Premier ministre pour l’informer que lui et son gouvernement sont interpellés le lundi 18 mars.

« Monsieur le Premier ministre,

Conformément aux dispositions des articles 129-2, 129-3, 129-4, 129-5, 129-6, 156 et 161 de la Constitution de 1987 amendée, j’ai l’avantage de vous annoncer votre interpellation et celle de votre gouvernement. Cette mesure fait suite à la demande d’un groupe de soixante-dix (70) députés. Dans cette perspective, accompagné de votre cabinet ministériel, il vous est demandé de vous présenter à la salle de séance de la Chambre des députés, le lundi 18 mars 2019, à 10 heures du matin », lit-on dans la correspondance de Gary Bodeau à Jean-Henry Céant.

On ne sait pas laquelle des deux branches du Parlement avait envoyé le premier sa correspondance d’interpellation au Premier ministre le vendredi 15 mars 2019. Cependant, sur les réseaux sociaux, on voit l’accusé de réception de la Primature à la correspondance du Sénat.

Cependant, Pascal Adrien, porte-parole du Premier ministre, joint par téléphone vendredi par Le Nouvelliste depuis le Maroc, a affirmé au journal que le chef du gouvernement était bien conscient qu’il a rendez-vous au Sénat le 20 mars, mais pas à la Chambre des députés le 18 mars. Avant de quitter le pays en début de semaine pour le Maroc, le Premier ministre n’avait pas reçu la lettre d’interpellation de la Chambre des députés, a laissé entendre le porte-parole de Jean-Henry Céant.

De ce fait, Pascal Adrien a fait savoir au Nouvelliste qu’il n’a pas de commentaires à faire sur une éventuelle interpellation des députés parce qu’il n’est pas au courant de ce dossier. « Officiellement, le Premier ministre Céant n’est pas encore touché par cette question. Mais ce qui est sûr, il revient au pays dans la soirée du 19 mars ou dans la matinée du 20 mars selon ce qui a été planifié dans ce voyage officiel au Maroc », a soutenu Pascal Adrien.

Si au Sénat le Premier ministre obtient un vote de confiance, il sera intouchable pour les six prochains mois. Parallèlement, si la Chambre des députés lui donne un vote de non confiance ce sera terminé pour le gouvernement de Céant.

Et déjà, le président de la Chambre des députés estime que les jours du Premier ministre sont comptés.

« Par rapport à ce que je vois, les jours du Premier ministre Jean-Henry Céant sont comptés », a confié au journal Le Nouvelliste le président de la Chambre des députés, Gary Bodeau, vendredi 15 mars. C’est une majorité de députés proches du président Jovenel Moïse qui ont signé cette interpellation.

C’est une coalition de sénateurs proches de l’opposition qui essaient de sauver la tête du premier ministre Jean-Henry Céant.